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Villeneuve de la Raho : le golf et la ZAC, où l’art de persister dans l’absurde par indifférence climatique

Un territoire sacrifié : 150 hectares artificialisés au bord du lac

Le golf de Villeneuve-de-la-Raho, c’est 150 hectares de terres artificialisées pour un parcours de 18 trous, 600 logements et un hôtel, en bordure d’un lac déjà menacé. Un projet hors-sol, lancé dans un département sous perfusion hydrique, régulièrement placé en alerte sécheresse et déjà durement frappé par les effets du changement climatique.

Porté par la mairie et soutenu par les services de l’État, ce projet est devenu l’un des symboles les plus criants d’une fuite en avant urbanistique, indifférente aux limites physiques du territoire. Le 24 janvier 2019, le préfet de l’époque a déclaré d’utilité publique l’aménagement de la ZAC, balayant d’un trait de plume les conséquences écologiques et climatiques d’un tel projet. Supprimer une partie d’un espace naturel encore vivant, au bord de l’un des réservoirs stratégiques pour l’alimentation en eau du département va à l’encontre de toute logique de préservation de l’environnement et de la ressource en eau.

En avril 2026, le tribunal administratif de Montpellier a confirmé cette utilité publique, rejetant une nouvelle fois les recours des associations environnementales. Pour un projet datant de 2003, on ne peut que s’interroger sur la capacité d’anticipation et de réflexion au long cours de ses porteurs, qui ont fait fi de la crise climatique. Et maintenant, elle les rattrape. Les canicules à répétition depuis la fin mai 2026 en ont montré les affres, mettant en danger un territoire déjà fragilisé, incapable de supporter ce type d’aménagement.

Et pourtant, on persiste à agir comme si le climat allait s’adapter aux décisions politiques, et non l’inverse.

Une mobilisation historique : 4 000 personnes dans la rue

Le 16 mars 2024, près de 4 000 personnes ont manifesté contre ce projet : habitants, associations environnementales, collectifs citoyens, syndicats, élus locaux, universitaires.

Dans la foulée, 92 enseignants, chercheurs et ingénieurs de l’Université de Perpignan ont cosigné une tribune intitulée « Pour un territoire habitable et résilient ». Ils y décrivent un département déjà fragilisé par la sécheresse, où chaque goutte d’eau compte, et où l’on ne peut plus se permettre de lancer des projets aussi gourmands en ressources. Leur message était limpide : continuer comme avant, c’est condamner le territoire.

En tête de marche.
Des manifestants…….
Manifestation en marche vers le lac de Villeneuve de la Raho
Des recours… balayés d’un revers de main


Malgré une vingtaine de procédures et de recours déposés par les associations et les riverains, le projet a poursuivi sa route sans sourciller. Le 21 mai 2026, la maire Jacqueline Irles, le secrétaire général de la préfecture et plusieurs représentants institutionnels ont posé la première pierre du club-house en grande pompe — comme si la contestation n’avait jamais existé, comme si les alertes scientifiques n’avaient aucune valeur.

@facebook Jean Sol sénateur
La réalité du terrain : un chantier déserté

Sur le terrain, la réalité est bien loin du récit triomphant des promoteurs. En cette rentrée de septembre 2026, l’association Agissons 66 décrit un chantier à l’abandon : figé, presque fantomatique. Là où la communication officielle promettait un projet dynamique, structurant et irrésistible, on ne trouve aujourd’hui que des engins immobiles, des parcelles désertes et une impression d’enlisement. Le contraste est saisissant : d’un côté, un discours qui persiste à vendre un avenir radieux ; de l’autre, un site qui laisse planer une interrogation.

La communication officielle évoquait un projet « porteur d’espoir », des terrains « vendus comme des petits pains ». Pourtant, la réalité est tout autre. Les règles d’urbanisme n’ont pas été respectées : le golf devait être livré avant les logements, condition indispensable à la poursuite de l’opération. Or, les travaux du lotissement ont commencé sans que le golf ne soit réellement engagé. Seules quelques villas en construction, perdues dans un no man’s land, sont loin d’évoquer un futur complexe touristique. Les panneaux publicitaires y sont plus nombreux que les ouvriers.

Quelques mois après la pose de la première pierre, le chantier du golf apparaît quasi à l’arrêt. Les entreprises de travaux publics semblent avoir déserté le site. La situation est d’autant plus inquiétante que faute d’avoir trouvé une société spécialisée pour gérer le golf. c’est le promoteur qui en a la charge. Ce mélange de responsabilités, pour le moins acrobatique, constitue un signal préoccupant pour la suite du projet quant à sa capacité de maîtrise

Un modèle d’aménagement à bout de souffle

Le dossier de la Raho est un symbole de plus. Il révèle la déconnexion entre certains élus et les réalités climatiques, la pression immobilière qui prime sur la préservation du territoire, la faiblesse des outils juridiques face à des projets destructeurs, mais aussi la résilience citoyenne qui refuse de laisser le territoire être sacrifié.

Ce projet incarne la fin d’un modèle : celui de l’artificialisation massive, des lotissements étalés, des golfs gourmands en eau et des promesses d’attractivité qui ne tiennent plus debout. Il prouve qu’on ne peut plus continuer à bétonner au nom du « développement ». Le territoire, déjà fragilisé, aura de la peine à résister aux bouleversements climatiques qui se profilent.

Conclusion : fiasco en cours ou réalité à venir ?

Le projet de golf et de ZAC à Villeneuve-de-la-Raho incarne à lui seul les défaillances d’un système obsolète. Malgré la mobilisation citoyenne, les alertes scientifiques, les règles d’urbanisme et les limites écologiques du département, il a été poussé en avant avec une détermination aveugle. Pourtant, ce n’est pas la contestation qui semble aujourd’hui le freiner, mais l’économie elle-même : crise immobilière ? Absence d’investisseurs ? Chantier à l’arrêt ?


Ce golf est le symbole d’un modèle dépassé, celui d’une époque où l’on croyait encore pouvoir forcer le territoire à s’adapter aux projets. Ce site, riche en biodiversité (le promeneur y rencontrait souvent les membres de la Ligue de la Protection des Oiseaux en observation) et apprécié des habitants pour son tour du lac de 6,98 km et sa vue imprenable sur le Canigou, a été altéré. L’installation, en 2025, de ganivelles sur plusieurs centaines de mètres a parachevé une transformation irréversible du paysage.

@actu.fr

Préfets, tribunaux et élus ont privilégié, avec une légèreté déconcertante, la logique administrative et financière au détriment du bon sens climatique, de la préservation des paysages, de la ressource en eau, de la biodiversité et, in fine, de la qualité de vie des habitants.

TRIBUNE UNIVERSITAIRE :

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