Dès 1974, le Japon a été l’un des premiers pays à installer des parcs photovoltaïques au sol. En 2012, une politique ambitieuse de soutien aux énergies solaires a été mise en place, accompagnée d’un suivi rigoureux de leur impact environnemental. Cette approche proactive a permis d’anticiper les enjeux liés à ces infrastructures.
Dans ce contexte, des chercheurs de l’université de Kyushu ont mené, entre 2013 et 2023, une étude approfondie sur l’impact des installations photovoltaïques sur la température du sol dans le bassin versant de la rivière Kushida. Grâce à des technologies de pointe — télédétection, apprentissage automatique et modèles statistiques, domaines où le Japon fait figure de leader —, ils ont pu analyser avec précision les modifications de la température de surface terrestre (LST) induites par ces infrastructures.

Cette étude révèle aussi un phénomène significatif qui va bien au delà des frontières : la multiplication des panneaux solaires s’est souvent opérée sur d’anciennes terres agricoles, un processus lié au vieillissement de la population rurale japonaise et à la pénurie de main-d’œuvre. Une dynamique comparable à celle observée dans les Pyrénées-Orientales, avec une aggravation locale : la baisse des rendements agricoles due à la sécheresse.
La Confédération Paysanne 66 plante « symboliquement » sous des panneaux vides de culture dans le Vallespir (janvier 2025) – Clic sous images
En France, et tout particulièrement dans les Pyrénées-Orientales, l’agrivoltaïsme est présenté comme une solution magique : une combinaison de production agricole et de génération d’électricité, censée permettre aux exploitants d’obtenir un surplus économique grâce à la location de leurs terres aux industriels de l’énergie solaire. Pourtant, dans les faits, une bonne partie des serres agrivoltaïques restent vides de toute culture.
Or, cette approche, souvent perçue comme une réponse durable à la transition énergétique, n’est pas sans risques. La réalité a d’ailleurs rapidement rattrapé le Japon lorsque les chercheurs se sont penchés sur le bassin de la rivière Kushida — une zone rurale composée à 81 % de forêts et de terres agricoles, dont 851 416 m² de terres agricoles converties en installations photovoltaïques. Considérée comme particulièrement sensible aux changements d’usage du sol, cette région a révélé, sous l’analyse des scientifiques, des impacts insoupçonnés.
Des résultats édifiants sur l’impact thermique des panneaux photovoltaïques au sol.
Les installations photovoltaïques augmentent la température de surface d’environ +2,85 °C en moyenne autour des zones équipées. Cet effet de réchauffement est particulièrement marqué au printemps et en été, avec des pics pouvant atteindre +3,6 °C.
De plus, les panneaux installés en basse altitude et dans les zones suburbaines provoquent un réchauffement plus important que ceux situés en montagne, créant ainsi de petits « îlots de chaleur » locaux.
Des conséquences environnementales préoccupantes :
L’augmentation de la température de surface entraîne des répercussions directes sur l’environnement, selon l’étude :
- Modification de l’humidité des sols et des éléments nutritifs ;
- Inadaptation possible sur les cultures sensibles : Pêchers, nectariniers, abricotiers, Vignes (selon les cépages, certains tolèrent l’ombre, mais la plupart non), céréales (blé, orge, maïs), pommes de terre (besoin de lumière directe),
- Perturbation des micro-écosystèmes locaux ;
- Des changements instables des écosystèmes ;
- Risque accru près des cours d’eau (perturbation thermique et risque de déséquilibre hydrique local) d’où la nécessité d’éviter les installations à proximité ;
- Les grandes installations génèrent une chaleur plus importante ;
- Ces conversions terres agricoles PV provoquent un réchauffement plus fort que dans les zones bâties.
Un risque environnemental avéré :
Pour les chercheurs, dans une région agricole comme celle de Kushida, ces résultats représentent un risque environnemental notable. Bien qu’essentiels à la transition énergétique, les panneaux photovoltaïques modifient localement le climat de surface, avec un réchauffement mesurable et fortement dépendant du contexte géographique. Face à ces constats, la politique d’installation des panneaux photovoltaïques a dû évoluer au Japon, où des conditions strictes ont été imposées pour limiter ces impacts.
Le cadre d’analyse proposé repose sur :
- Observation longue durée des installations PV
- Mesure précise du réchauffement local
- Analyse des facteurs géographiques
- Modélisation spatiale avancée (GWR)
- Recommandations pour une implantation durable :
– Privilégier les zones en altitude ;
– Limiter les grandes installations en zones suburbaines ;
– Protéger les terres agricoles ;
– Intégrer la végétation
– Anticiper les impacts écologiques
Un parallèle d’autant plus inquiétant dans les Pyrénées Orientales parce qu’aucune étude sérieuse n’a encore été menée dans le département pour évaluer les impacts des installations photovoltaïques et agrivoltaïques au sol. Il est constaté que la majorité des installations existantes ou en projets se situent dans des secteurs particulièrement vulnérables, aggravant ainsi les risques déjà identifiés par l’étude japonaise :
- En plaine du Roussillon (basse altitude) ;
- Dans les Aspres, cumulation d’installations et de projets, sur des terres déjà arides ;
- À proximité des cours d’eau (l’Agly, la Têt, le Tech, Caillan, Boules) et des
canaux d’irrigation ; - Dans les secteurs périurbains (Perpignan, Rivesaltes, Saint-Estève, Canohes, Bompas, etc.)
Centrale d’Ille-sur-Têt et Centrale d’Ortaffa
Sur un territoire déjà en surchauffe, où ces installations élèvent la température de 2° à 3° en moyenne — avec une accentuation au printemps et en été, des périodes déjà critiques dans le département—, leur déploiement sans discernement sur des terres agricoles ou des espaces naturels déjà fragilisés par la sécheresse en fait un facteur aggravant du stress climatique.
Le photovoltaïque est indispensable, mais le choix des zones déjà industrialisées, des parkings et des toits doit être impérativement privilégié. En effet, les Pyrénées-Orientales étant soumises à des sécheresses récurrentes et en stress hydrique régulier, chaque installation doit être évaluée à l’aune de son impact thermique et hydrique — ce qui n’est toujours pas le cas aujourd’hui.
La carte du photovoltaïque au sol dans les Pyrénées-Orientales, présentée par Viure, révèle les choix locaux opérés par les décideurs et les porteurs de projets. Elle est édifiante : les lieux sélectionnés pour les installations et les projets en cours, ainsi que leur concentration en certains points, démontrent que les impacts des panneaux sur le réchauffement des sols et le climat local ne sont pas pris en compte.
Non seulement les conséquences environnementales sont occultées — biodiversité menacée, écosystèmes fragilisés —, mais les décisions prises aujourd’hui auront aussi un impact durable sur l’équilibre climatologique, déjà précaire, de notre département.
Les Pyrénées-Orientales nous sont chères, et nous en sommes tous responsables. Pour ce qui concerne les panneaux photovoltaïques, il est primordial de dépasser les intérêts privés actuels pour prioriser la sauvegarde de notre territoire. Cela passe par des règles strictes, inspirées des enseignements de l’expérience scientifique de Kushida au Japon : installer les parcs photovoltaïques uniquement là où leur impact sur l’environnement est nul ou maîtrisé.
Selon l’Étude Japonaise Une installation photovoltaïque ou un projet de serre photovoltaïque est néfaste pour l’environnement si :
- Il occupe des terres agricoles à haute valeur agronomique : Ces terres, rares et essentielles dans les Pyrénées-Orientales, doivent être préservées pour l’agriculture ;
- Il est situé en plaine ou en basse altitude : Ces zones subissent un réchauffement accru (+2° à +3°), aggravant le stress climatique local ;
- Il couvre une grande surface : Plus l’installation est étendue, plus son impact thermique est important ;
- Il est proche d’un cours d’eau ou d’un canal d’irrigation : Risque de perturbation des écosystèmes aquatiques et du microclimat ;
- Il n’intègre aucune mesure compensatoire : Sans haies, prairies ou végétation, l’impact écologique est majoré.
Est acceptable sous conditions si :
- Il est installé sur une zone déjà artificialisée : Friches, anciennes carrières, parkings ou zones industrielles, où l’impact sur les sols naturels est limité ;
- Il est situé en altitude : L’effet de réchauffement y est moins marqué. Cependant, les températures dans les Pyrénées orientales sont déjà élevées, en montagne, une étude d’impact s’impose ;
- Il est de type agrivoltaïque : Compatible en théorie avec l’élevage (ovins, caprins, bovins légers) ou des cultures fourragères (luzerne, trèfle, fétuque), avec un ombrage supposé bénéfique pour les animaux. Les panneaux sur le bien-être animal reste mal connu et nécessiterait des études complémentaires.
- Il inclut des mesures compensatoires : Bandes végétalisées, prairies sous les panneaux, respect des distances avec les cours d’eau, et gestion écologique des sols.
La frénésie inconditionnelle pour les énergies renouvelables et les panneaux solaires nous invite à prendre du recul. Le Japon, qui a déjà vécu cette expérience bien avant nous, en a tiré des conclusions que nous serions bien avisés de prendre en compte.
Le soleil, ici, ne doit pas brûler deux fois : une fois dans le ciel, et une autre sous nos pieds, par négligence.
Quoi qu’il en soit, les associations environnementales des Pyrénées-Orientales veillent. Elles ne laisseront pas le département à la merci de quelques intérêts privés ni de l’engouement étatique pour une énergie renouvelable nécessaire, mais pas à n’importe quel prix. Car c’est bien le sort de nos sols, de notre climat et de notre avenir qui est en jeu.
L’urgence énergétique ne peut effacer ce qui fait l’âme de nos paysages.