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Perpignan : ZAC Pou de les Colobres : bâclage administratif, écocide local, transition climatique aux abonnés absents.

Dans les Pyrénées-Orientales, où les canicules s’intensifient, où les restrictions d’eau se multiplient, et où 16 % des logements restent vacants, notamment 11 259 en 2025, à Perpignan, le projet de la ZAC du Pou de les Colobres s’apprête à raser un boisement spontané de 32,70 hectares au sud-est de Perpignan, à proximité des quartiers de Saint-Gaudérique et du Moulin à Vent pour construire un lotissement de 800 logements, un collège et un groupe scolaire.

Un îlot de fraîcheur et de biodiversité, aujourd’hui lieu de vie prisé par les habitants pour leurs promenades et leurs activités sportives, va disparaître au nom d’un urbanisme passéiste et déconnecté des nouvelles réalités climatiques.

Clic sur image (photos MRAE)

Un projet présenté en trompe-l’œil

La commune de Perpignan présente ce projet comme un « écoquartier ». Pourtant, quand un aménagement urbain ignore les enjeux climatiques, détruit 32,70 hectares de boisement avec leur faune et leur flore, s’installe en zone inondable – là où serpentent encore des canaux –, aggrave l’étalement urbain au détriment du centre-ville en augmentant le trafic routier, et ignore les restrictions d’eau successives subies par le département, l’appellation « écoquartier » relève plutôt de l’imposture.

Un dossier bâclé et obsolète

Artificialisation, études manquantes, incompatibilité avec les documents d’urbanisme, ERC insuffisante, gestion de l’eau négligée… Le projet de la ZAC Pou de les Colobres cumule les manquements.

Un projet ancien, des études non actualisées :

Le projet de ZAC du Pou de les Colobres n’est pas nouveau : lancé en 2008, il a connu plusieurs évolutions, dont une réduction du nombre de logements (passant de 1 600 à 800 en 2020). Dès 2020, l’avis de la MRAe soulignait déjà :

  • Le choix discutable de ce projet sur des zones agricoles et naturelles, dans un contexte de forte pression urbaine
  • .Les impacts potentiels sur l’eau, la biodiversité et l’urbanisation.

Le projet était jugé insuffisant, plusieurs recommandations avaient été formulées :

1. Risques d’inondation et gestion de l’eau : un danger sous-estimé

Le site présente des risques élevés d’inondation :

  • Zone inondable identifiée par le PPRi de 2000, avec un réseau de canaux et une cuvette inondable.
  • Risque accru de ruissellement en raison de l’imperméabilisation des sols.

Recommandations ignorées :

  • Mettre à jour les données hydrologiques (PGRI 2015, document 2019).
  • Produire une étude hydraulique pour prouver que le projet n’aggravera pas les risques
  • Optimiser la gestion des eaux pluviales pour limiter la vulnérabilité du site.
  • Prévoir des mesures en phase travaux pour réduire l’exposition aux inondations.
2. Impact sur la biodiversité : des espèces protégées en danger

Le site abrite des habitats et espèces protégées :

  • Psammodrome d’Edwards (reptile protégé).
  • Couleuvre de Montpellier
Couleuvre de Montpellier
  • Zones humides sensibles.
Psammodrome d’Edwards (reptile protégé).

Recommandations ignorées :

  • Renforcer les mesures d’évitement, réduction et compensation (ERC) pour les habitats et espèces protégées.
  • Envisager une dérogation pour la destruction d’espèces si nécessaire (mais aucune justification n’a été apportée).
  • Réduire l’emprise du projet : bien que certaines zones aient été évitées, des impacts résiduels forts subsistent.
3. Artificialisation des sols : une consommation d’espace non maîtrisée

Le projet aggrave l’étalement urbain sans justification :

  • Perpignan a déjà un historique d’urbanisation excessive (16 % de logements vacants).
  • Aucune analyse précise de la surface consommée, du taux d’imperméabilisation ou des mesures d’évitement.

Recommandations ignorées :

  • Quantifier l’impact sur l’espace naturel et agricole.
  • Prévoir une compensation : reclasser des zones ouvertes à l’urbanisation en zones naturelles ou agricoles pour équilibrer la consommation.
  • Renforcer la lutte contre l’étalement urbain avec des mesures concrètes.
4. Gestion de la ressource en eau : une insouciance inacceptable

Le site repose sur un aquifère du Pliocène (multicouche, vulnérable à la pollution et à la salinisation) :

  • Contexte critique : baisse des niveaux d’eau et changement climatique.
  • Besoins futurs non garantis : aucune étude n’a démontré que la ressource couvrira les prélèvements actuels et futurs.

Recommandations ignorées :

  • Démontrer la compatibilité avec les schémas de gestion de l’eau (SDAGE, SAGE).
  • Équilibrer la demande en eau avec la disponibilité réelle, en intégrant les effets du changement climatique.
  • Réaliser des études complémentaires pour une gestion durable de l’eau souterraine.
5. Déplacements, trafic et nuisances : l’oubli des mobilités durables
  • Aucune précision sur le développement des transports en commun ou des modes actifs (vélo, marche).
  • Aucune mesure concrète pour renforcer l’offre de bus ou créer des itinéraires vélo.

Alertes ignorées :

  • Risque d’augmentation significative des nuisances (pollution, bruit, émissions de GES) liées à la circulation, en raison de la croissance démographique.
  • Nécessité d’une analyse approfondie des impacts sur la qualité de l’air, le bruit, les émissions à effet de serre

Recommandations bafouées :

Réviser l’étude d’impact pour mieux articuler urbanisme et transport, avec des mesures concrètes pour limiter les nuisances.

En résumé : Enjeux environnementaux majeurs :

Le projet de la ZAC Pou de les Colobres ne répond à aucune des exigences environnementales fondamentales. Voici les cinq points critiques soulevés par la MRAe, toujours non résolus :

  • Quantification de l’artificialisation des sols
    Exigence : Évaluer précisément la consommation d’espaces et l’artificialisation des sols, avec une restitution équivalente en zones naturelles et agricoles.

    Problème : Aucune compensation n’est prévue pour les 32 hectares de boisement détruits.
  • Description complète du projet
    Exigence : Fournir une description détaillée, notamment sur la phase travaux, pour évaluer correctement ses effets environnementaux.

    Problème : Les impacts réels restent flous, faute de données précises.
  • Compatibilité avec les documents de planification
    Exigence : Démontrer la conformité avec les PLU, SCoT et schémas de gestion de l’eau.

    Problème : Aucune preuve de compatibilité n’a été apportée.
  • Démarche ERC (Évitement, Réduction, Compensation)
    Exigence : Approfondir la démarche ERC, surtout pour les habitats et espèces protégées (comme le psammodrome d’Edwards).

    Problème : Les mesures proposées sont insuffisantes pour compenser la destruction d’écosystèmes.
  • Gestion des eaux pluviales et préservation de la biodiversité
    Exigence : Réaliser des études complémentaires sur la gestion des eaux pluviales et la préservation de la biodiversité, avec des mesures précises.

    Problème : Aucune étude récente n’a été menée, malgré les risques d’inondation et de stress hydrique.

conclusion :

Un projet aux 5 manquements majeurs « Artificialisation non compensée, études manquantes, incompatibilité urbaine, biodiversité ignorée, eau négligée… La ZAC Pou de les Colobres est un cas d’école de l’urbanisme irresponsable. »

Et pourtant, ce projet bancal a bel et bien été soumis à l’enquête publique du 18 mai au 18 juin 2026

Preuve que le béton peut encore l’emporter sur le bon sensjusqu’à quand ?

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