LES PARCS ET SERRES PHOTOVOLTAÏQUES DANS NOS CAMPAGNES :
Les parcs photovoltaïques se multiplient dans les Pyrénées Orientales, portés par des discours sur la transition énergétique et l’innovation agroécologique. Derrière les promesses d’une énergie propre et durable se cachent d’autres réalités : des paysages transformés, des écosystèmes fragilisés, et des installations vulnérables aux caprices du vent.
i.- Les promesses : une énergie verte et rentable :
Les parcs photovoltaïques sont présentés comme une solution clé pour réduire les émissions de CO₂ et atteindre les objectifs de neutralité carbone. En Occitanie, la Région et l’État soutiennent ces projets via des subventions (Dispositif Unique, FEADER – Fond Européen Agricole Pour le Développement Rural -, Obligation d’Achat EDF), avec des taux d’aide pouvant atteindre 50 % pour les installations innovantes.
Des entreprises comme Sun Agri mettent en avant l’agrivoltaïsme, qui combine production agricole et énergie solaire. Ces projets, subventionnés par la Région, sont censés préserver les sols et la biodiversité tout en générant des revenus pour les agriculteurs. Le Dispositif Unique (DU) et le FEADER encouragent ces initiatives, avec des aides financières pour les exploitations engagées dans la transition agroécologique.
La Chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales et son président, Bruno Vila, soutiennent activement l’agrivoltaïsme. Bruno Vila est à la tête de 46 entreprises, dont certaines comme Légum City et Horta de la Mar sont spécialisées dans l’acquisition d’exploitations agricoles pour la production d’électricité. Ces sociétés détiennent Solar Agri City, une structure associée à Tenergie (deuxième producteur d’électricité solaire en France). Il est gérant de cette société, acteur clé de l’agrivoltaïsme dans les Pyrénées-Orientales.
Avec ses 46 entreprises, dont 5 dédiées à l’agrivoltaïsme, Bruno Vila et le Président de la Coordination rurale, adepte aussi de l’agrivoltaïsme, sont également présents à la SAFER et à la Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers — des instances décisives pour les projets de SunAgri et agrivoltaïques.
ii.- Les réalités environnementales : artificialisation des sols, impacts sur la biodiversité, vulnérabilité aux intempéries
a) Artificialisation des sols : des terres agricoles et naturelles sacrifiées
- Emprise au sol : Les parcs photovoltaïques couvrent des centaines d’hectares de terres, souvent au détriment de zones agricoles, de garrigues ou de milieux naturels. En 2026, la préfecture des Pyrénées-Orientales a limité à 200 hectares la surface autorisée pour les installations au sol, c’est déjà beaucoup vu le nombre de parcs et de serres photovoltaïques déjà installés sur le territoire.
- Le projet Solaspres (80 hectares), celui de Terrats (10 hectares) et bien d’autres ont transformé des parcelles agricoles ou des friches en champs de panneaux, avec des serres souvent vides de culture, utilisées principalement pour percevoir des subventions ou à titre de rentes. Selon une enquête réalisée en 2018 par la Direction Départementale du Territoire et de la Mer (DDTM) des Pyrénées-Orientales, deux tiers de serres équipées de panneaux photovoltaïques étaient sans production agricole soit environ 180 ha de terres agricoles en friche, sous les panneaux, à cette période.
Ci-dessous la multiplicité des projets photovoltaïques au sol ou déjà en fonctionnement recensée depuis 2020 sur les Avis de la Mission Régionale de l’Autorité Environnementale d’Occitanie (MRAe) par la coalition Viure. La carte peut être consultée sur le site, en page d’accueil.

b) Biodiversité menacée : des écosystèmes fragilisés
- Espèces protégées en danger : Les études d’impact révèlent la présence d’espèces protégées (oiseaux, reptiles, insectes) sur les sites des parcs. À Saint-Génis-des-Fontaines, 22 espèces d’oiseaux nicheurs ont été recensées, dont la pie-grièche à tête rousse et la huppe fasciée, conduisant à une réduction de la surface du projet.
- Le projet de Ponteilla-Nyls a fait l’objet d’un avis défavorable de la Mission Régionale d’Autorité Environnementale (MRAe) en raison des risques pour les écosystèmes locaux.
- Effets cumulatifs : La multiplication des projets (comme ceux de Villelongue-dels-Monts
Montesquieu-des-Albères, Banyuls-dels-Aspres, Fourques) aggrave la pression sur des milieux déjà fragiles, comme les zones humides entre Perpignan et Saint-Estève menacées par le projet du parc « Mas Romeu » de 15,8 ha. - Fragmentation des habitats : Les parcs photovoltaïques créent des barrières écologiques, perturbant les corridors de biodiversité. Les haies et zones humides, essentielles pour la faune locale, sont parfois supprimées ou dégradées.
c) Risques climatiques et vulnérabilité aux intempéries :
Quand la tramontane balaye les promesses
-estimées :
Les Pyrénées-Orientales sont soumises à des vents violents (tramontane, vents d’autan) et à des épisodes orageux intenses qui peuvent s’accentuer avec le dérèglement climatique. Pourtant, les normes de résistance des panneaux (certifiés pour des vents jusqu’à 180 km/h), n’ont pas résisté à des pointes estimées à 150 km/h.
En février 2026, la tempête Nils a détruit les centrales agrivoltaïques de Terrats, Llupia et Montreal (Aude) dispersant des tonnes de débris (verre, aluminium, câbles) sur des kilomètres. Ces incidents révèlent la fragilité des installations et posent la question de leur durabilité réelle.
Pollution post-sinistre : Les panneaux endommagés libèrent des matériaux polluants (métaux lourds, plastiques) dans les sols et les cours d’eau. Leur évacuation et leur recyclage, bien que théoriquement à la charge des exploitants, sont parfois lents ou incomplets, et la possibilité de laisser aux collectivités locales la gestion des conséquences ne peut pas être exclue.
III.- Un bilan environnemental en demi-teinte :
Les parcs photovoltaïques et l’Agrivoltaïsme en Pyrénées-Orientales illustrent les dérives d’un modèle énergétique présenté comme vertueux :
- Artificialisation : Des centaines d’hectares de terres naturelles ou agricoles sont perdus, souvent de manière irréversible.
- Biodiversité : Les espèces protégées et les écosystèmes fragiles sont menacés par des projets mal adaptés.
- Vulnérabilité climatique : Les intempéries révèlent la fragilité des installations, avec des coûts environnementaux et économiques pouvant être reportés sur les collectivités.
- Paysages défigurés : une transformation irréversible
Impact visuel : Les parcs photovoltaïques, avec leurs rangées de panneaux et leurs clôtures, modifient durablement l’identité de nos paysages. Ces projets, en raison de leur caractère industriel et de leur manque d’intégration paysagère, dénature nos campagnes.
La transformation des territoires, des terres agricoles et du patrimoine naturel des Pyrénées-Orientales est en marche. - Tourisme et patrimoine : Les associations craignent une dégradation de l’attractivité des Pyrénées-Orientales, où les paysages naturels sont un atout majeur.
Avec les nouvelles directives de l’Etat, tous les projets ne sont plus systématiquement soumis aux normes environnementales : les préfets, désormais seuls décisionnaires, détiennent ce pouvoir discrétionnaire. Or, dans les Pyrénées Orientales, où quatre préfets se sont succédé entre 2020 et 2026, on est en droit de s’interroger : comment ces représentants, souvent de passage, peuvent-ils appréhender les spécificités de notre territoire en si peu de temps ? Entre promesses vertes et réalités territoriales, l’équilibre est fragile – et les décisions, parfois, bien éloignées des enjeux environnementaux.
Notre territoire est précieux, les collectifs et les associations environnementales bénévoles des Pyrénées Orientales tiennent à le protéger de tout débordement, et le photovoltaïque au sol (hors parkings) en est un.

