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Gestion de l’eau dans les Pyrénées Orientales : des décisions à géométrie Variable ?

 

Deux poids, deux mesures !

D’un côté des restrictions successives de la consommation d’eau et de l’autre des feux verts pour la construction « à tout va » de lotissements dans le département !
Les nappes phréatiques et les cours d’eau sont sous forte pression, et chaque nouveau projet d’urbanisme devrait intégrer la question cruciale de la disponibilité en eau potable et agricole. Or, dans les Pyrénées Orientales, ce n’est manifestement pas le cas.

Rappelons que 818 ha vont être artificialisés jusqu’en 2037 (1 ha artificialisé = moins de 10 000 m3 d’eau infiltrés dans les nappes phréatiques chaque année), majoritairement sous forme de lotissements, par l’ Intercommunalité Perpignan-Méditerranée-Métropole après l’approbation du Schéma de Cohérence territoriale (SCoT Plaine du Roussillon) du 2 juillet 2024.

Etat des nappes au 23.01.2026

Un choix lourd de conséquences, validé par les élus locaux de l’intercommunalité.

Périodes DE Sécheresse RéCURRENTES ET RESTRICTIONS EN EAU : Un département en tension :

Le département est confronté depuis quelques années à des sécheresses récurrentes. Depuis le printemps 2022, les arrêtés préfectoraux se succèdent pour limiter la consommation d’eau. Les restrictions se sont durcies en 2023 en raison de la persistance de la sécheresse et ont été prolongées jusqu’à juin 2025  (arrêté du 26 mars 2025). En 2026, les Pyrénées Orientales restent l’un des rares départements français à maintenir des restrictions provisoires (arrêté préfectoral n°DDTM/SER/2026-019-0002 du 19 janvier 2026 ), avec des dérogations possibles mais strictement encadrées.

Les habitants subissent des interdictions conséquentes : arrosage interdit, remplissage des piscines prohibé, prélèvements agricoles limités, et des amendes pouvant aller jusqu’à 1 500 euros pour les contrevenants. Une situation qui risque de s’installer dans la durée, faute d’anticipation et de solutions structurelles.


Toujours plus de lotissements prévus, malgré l’urgence hydrique :
@ Frene66 – Argelès-sur-Mer

La conjoncture de tension hydrique répétée n’a donc pas suffi à mettre un frein aux projets de construction de lotissements dans le département. Les derniers plans locaux d’Urbanisme des intercommunalités en témoignent : Une partie des élus-es locaux n’ont toujours pas pris la mesure de la crise. Certains maires restent focus sur le développement de leur commune via de nouveaux lotissements et l’augmentation de la population, sans se soucier de la disponibilité de l’eau.

L’intercommunalité Perpignan Métropole (37 communes) prévoit ainsi 35 500 habitants supplémentaires d’ici 2037, ce qui ne peut qu’aggraver la pression sur les ressources en eau. Un objectif incompréhensible quand on sait que le département est déjà en stress hydrique chronique.

Alors que l’ensemble des élus locaux reconnaissent la gravité de la situation hydrique certains « d’entre eux » continuent de privilégier le développement urbain au détriment de la sobriété et de l’innovation. Ils misent sur une augmentation de la population pour dynamiser leur commune, comptant sur l’État où les communes voisines plus sobres, pour absorber les conséquences de cette croissance. Une stratégie à court terme qui risque de se retourner contre les habitants.

L’économie touristique, moteur du territoire, aggrave la situation. Chaque année l’afflux de population saisonnière explose la consommation d’eau. Si les infrastructures et la sobriété dans la construction de nouveaux lotissements ne suivent pas, une question s’impose : Y aura t-il assez d’eau pour tout le monde dans les années à venir ?

A quand des plans sérieux visant à corréler les ressources disponibles et les besoins croissants ?

LES ASSOCIATIONS EN ALERTE : « sécuriser LA RESSOURCE AVANT D’URBANISER ! »

Les associations de protection de l’environnement tirent la sonnette d’alarme. La Fédération pour les Espaces Naturels et l’Environnement des Pyrénées-Orientales (Frene 66) s’est penchée sur le cas de Latour de France, une commune qui prévoit la construction d’un lotissement de 100 logements et d’une caserne de gendarmerie sur 5 hectares, sur le site de Miext del Pla.

Mais, il y a un problème : la Communauté de Communes Agly Fenouillèdes (CCAF), qui regroupe 6 000 habitants sur 24 communes rurales, est en situation hydrique très difficile. Ses 120 km de réseaux d’eau, mal entretenus et truffés de fuites, alourdissent les factures et asphyxient les finances communautaires. D’autre part, ses réseaux de distribution d’eau potable ne dépassent pas un rendement de 50 %. Dans ce contexte, les projets de lotissement et de gendarmerie, ainsi que les 300 habitants supplémentaires prévus, ne peuvent qu’aggraver le stress hydrique de la commune déjà soumise à des restrictions depuis 2022. Une absurdité d’autant plus flagrante que la CCAF, comme beaucoup d’autres dans le département, est régulièrement placée en état d’alerte par la préfecture..

Pour Frene 66, ce projet est une aberration. L’association a saisi le tribunal administratif pour demander son annulation et a interpellé le préfet, lui proposant de faire de même. Nous publions à des fins d’information, le communiqué de Presse de Frene 66 et la réponse du préfet :

L’eau n’est pas une ressource infinie. Elle ne peut plus être gérée comme un détail secondaire. Les choix faits aujourd’hui détermineront si les Pyrénées-Orientales resteront un territoire vivable demain, ou si elles deviendront un symbole des erreurs du passé.

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