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LES FEUX ET L’EAU OÙ LE SERPENT QUI SE MORD LA QUEUE SUR LES TERRES DES P.O.


Sommes-nous arrivés à un point de non-retour ? Peut-être est-il temps de prendre conscience des phénomènes de destruction que nous avons laissés s’installer au nom d’une croissance à tout prix, sur nos terres, dans les airs et dans nos eaux. Surexploitation des ressources, énergies fossiles, destruction des écosystèmes pour bétonner ou industrialiser les sols : tout cela accélère un changement climatique dont les effets deviennent chaque jour plus visibles.

Nous en mesurons les conséquences par des pluies diluviennes, des vents violents et des canicules à répétition…

Notre département vit ces changements, symptômes d’un dérèglement climatique. Après une canicule précoce fin mai 2026, deux autres se sont succédé à quelques jours d’intervalle. Début juillet, sécheresse extrême, hygrométrie au plus bas, canicules à répétition et vents ont formé un cocktail explosif, provoquant deux incendies sur notre territoire.

L’un d’eux, d’une ampleur inégalée, a ravagé 4 900 ha et forcé 12 000 personnes à fuir leur foyer dans 26 communes de l’ intercommunalité Roussillon-Conflent, du Conflent et des Aspres. Le 7 juillet, la plupart n’étaient pas encore rentrées chez elles, à l’exception des habitants de Taulis et Taillet. Une chaîne de solidarité s’est mise en place et a bien fonctionné. Ici, dans le Conflent

Aux alentours d’Ille-sur-têt
@Jimmy Phan – Désolation aux orgues d’Ille-sur-têt


À Canet-en-Roussillon et Sainte-Marie-la-Mer, un autre feu s’est déclaré dans le camping Sainte-Marie. Il a franchi la Têt, attaquant les campings Brasilia et Marina, puis la zone industrielle de Catana — l’un des rares fleuron économiques du département —, qui a perdu deux de ses bâtiments. Un troisième a pu être sauvé grâce à l’intervention des pompiers.

Incendie sur l’entreprise Catana-Canet
Canet-en-Roussillon-Sainte-Marie-la-Mer

Un bilan désastreux : une nature consumée, une faune sauvage déjà fragilisée par les canicules et désormais décimée, et des habitants traumatisés, dont 50 foyers ont tout perdu — sans compter les professionnels dont les outils de travail sont partis en fumée. Le coût de ces incendies est colossal : en énergie humaine d’abord, avec des pompiers sur la brèche jour et nuit, et en moyens financiers, avec le déploiement de ressources techniques et logistiques exceptionnelles pour venir à bout des flammes.

Puissent, sur les cendres de cette catastrophe, naître chez nos élus la volonté d’un autre aménagement du territoire une volonté qui mette fin à la course effrénée à l’artificialisation et à l’industrialisation des sols. Les leçons du passé sont là : l’urbanisation des années 70, aujourd’hui caduque, a un impact direct sur les écosystèmes. Construction de logements, de routes, de zones industrielles et économiques : Chaque mètre carré bétonné réduit la capacité des sols à absorber l’eau et le carbone, aggravant ainsi les risques d’inondations et de désertification.

En Occitanie, notamment dans les Pyrénées-Orientales et l’Aude, un autre danger émerge : celui des parcs photovoltaïques au sol, qui engloutissent des centaines d’hectares de paysages naturels et agricoles souvent au nom d’une transition énergétique mal pensée. De nombreuses associations, des administrations environnementales et une certaine presse critiquent ces parcs, responsables de l’artificialisation de près de 700 hectares dans les deux départements. La coalition Viure a recensé une quarantaine de projets dans le département depuis 2020… et la liste de propositions de projet s’allonge régulièrement.

Sur notre territoire, des associations environnementales alertent et agissent, comme Frene66, qui milite et fait des recours en justice depuis près de 30 ans face à la multiplication des projets destructeurs : lotissements, ponts, dédoublement de voies, golfs, étalement urbain, abattage d’arbres ou destruction des îlots de fraîcheur. En 2023, la coalition Viure avait déjà alerté le préfet de région sur cette consommation effrénée d’espaces naturels et agricoles.

Car toutes les atteintes au vivant et à la nature ont des répercussions sur le cycle de l’eau. En
Pyrénées-Orientales, l’eau se raréfie… et chaque mètre carré artificialisé, chaque arbre abattu, chaque espace vert détruit, chaque zone humide sacrifiée aggrave encore la crise. Non seulement on ignore si, demain, il y aura assez d’eau pour tous, mais si, en plus, il faut lutter contre des incendies de plus en plus fréquents et dévastateurs, la consommation en millions de m³ pourrait bien devenir impossiblefaute de ressources suffisantes.




Un Canadair, à lui seul, engloutit 6 000 m³ d’eau par largage. *Imaginez alors le volume nécessaire pour venir à bout d’un feu de 4 900 ha… avec 40 km de lisière !

Rappelons que le territoire est en stress hydrique chronique et que des arrêtés de restriction d’eau se succèdent depuis quelques années.

Lac de Vinça
Le serpent se mord la queue… mais il est encore temps de briser la boucle
Face à l’urgence, plusieurs mesures s’imposent :
  • Etablir un moratoire sur les constructions prévues dans les Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) 2022-2037 ;
  • Agir pour la rénovation des logements et mobiliser les 8 % de logements vacants (selon la Direction régionale de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement – DREAL), trouver des solutions pour les 27 % de logements secondaires qui, dans les communes touristiques, privent les locaux d’un accès au logement ;
  • Cesser l’abattage des arbres adultes pour des questions d’infrastructures ;
  • Sauvegarder les îlots de fraîcheur dans chaque commune ;
  • Désimperméabiliser les sols là où les îlots de chaleur se multiplient ;
  • Réparer en urgence les fuites d’eau dans les canalisations d’eau potable ;
  • Stopper les parcs photovoltaïques et agrivoltaïques au sol pour les installer systématiquement sur les toits, les parkings ou les friches industrielles dont le sol est déjà altéré ;
  • Faciliter les mobilités douces et le transport collectif.
Des solutions existent, restent à les appliquer avant qu’il ne soit trop tard.

La transition écologique ne peut pas se faire contre la nature… mais avec elle.

Photos SDIS66 et TV – Clic sur images

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