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Les Angles : un nouveau conte hivernal à coups de canons à neige.




Quand l’économie locale sacrifie les écosystèmes et aveugle les élus  de nos montagnes !

L’offensive contre la nature se poursuit en Haute Plaine de Cerdagne et dans le Capcir. À Super Bolquère, un projet d’hôtel et de chalets menace de raser 4 hectares de forêt et d’abattre 942 arbres. Entre projets de lotissement, nouveaux télésièges et 510 canons à neige disséminés à travers la Cerdagne, c’est tout un territoire qui voit ses écosystèmes sacrifiés sur l’autel du tourisme de masse.

En mars 2024, la Cour des comptes a tiré la sonnette d’alarme : elle accuse les stations Pyrénées 2000 de puiser sans compter dans les réserves du lac des Bouillouses pour alimenter leurs canons à neige, dans un département déjà en stress hydrique chronique. Elle souligne aussi une « maladaptation au changement climatique », notamment au Cambre d’Aze, où les projets d’extension des réseaux de neige artificielle reposent sur des prévisions irréalistes. Le plan d’affaires de Font-Romeu, prévu jusqu’en 2047, ignore l’érosion inévitable du nombre de journées de ski.

La Cour des comptes est formelle :

« Le changement climatique induit une production accrue de neige, mais en dégrade simultanément les conditions, notamment à cause de l’élévation des températures. »

« La multiplication des équipements augmente la vulnérabilité des stations, au lieu de la réduire : elle accroît leur dépendance aux ressources locales en eau et fragilise les territoires en aval. »

 » Il serait nécessaire que les autorisations de prélèvement d’eau destinées à la production de neige prennent davantage compte des prospectives climatiques »



Et comme si cela ne suffisait pas, les Angles prévoient la construction d’un bassin de rétention de 113 000 m³, s’étendant sur 2,4 hectares et profond de 7 mètres, pour alimenter de futurs canons à neige. Ce projet, situé en plein cœur de la zone Natura 2000 du Roc d’Aude, au sein même du Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes, soulève des questions majeures.

Brochure publiée par la mairie des Angles :
Lac d’Altitude du Roc d’Aude – Un projet vertueux au cœur de la transition écologique

@ mairie des Angles

Les « petits cailloux enchantés », égrainés par la mairie des Angles sur le chemin de ce « bassin d’altitude idyllique », dans sa brochure «  Lac d’Altitude du Roc d’Aude  » ne doivent pas faire oublier la réalité du projet.

  • LA MAIRIE AVANCE UNE GESTION RAISONNÉE DE LA RESSOURCE EN EAU :

    Le bassin serait alimenté par trois sources naturelles, les eaux de ruissellement n’intervenant qu’en appoint marginal. Pourtant, de nouvelles infrastructures seront nécessaires pour détourner et canaliser ces sources, transformant artificiellement le cycle de l’eau dans un milieu déjà fragilisé par le changement climatique.

    La Cour des comptes rappelle que « le stockage de l’eau dans des retenues a des conséquences sur les débits des cours d’eau en aval, la morphologie des rivières (sédiments retenus), la qualité physico-chimique de l’eau, et in fine, la biodiversité ».

    Un contexte hydrique déjà critique : L’Association des intercommunalités de France a publié en 2024 une carte des taux de rendement en eau potable dans les Pyrénées-Orientales. Résultat : la majorité des communes en aval (Haut-Conflent, Conflent, Roussillon-Conflent) affichent des taux ≤ 50 %. Les raisons ? Canaux défectueux ? difficultés d’entretien sur un territoire escarpé ? manque de moyens financiers pour les communes rurales… ? mais pas seulement ….Les années de sécheresse ont largement contribué à l’assèchement des cours d’eau.
  • LE VOLUME D’EAU PRÉLEVÉ NE CHANGE PAS POUR CE PROJET DE BASSIN.

    En effet le volume prélevé ne change pas mais rappelons que le SDAGE des Pyrénées-Orientales (Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux) est critiqué par la Cour des comptes pour ne pas prévoir de baisse des volumes prélevés dans les sous-bassins, les schémas d’aménagement et de prélèvements.. Une position contraire aux objectifs nationaux, alors que des épisodes de sécheresse hivernale (comme en 2022-2023) ont déjà privé certaines populations d’eau potable.
  • L’EAU EST TOTALEMENT RESTITUÉE A SON MILIEU NATUREL

Selon le ministère de la Transition écologique (rapport 2021), 20 à 40 % de l’eau utilisée par les canons à neige est perdue avant de toucher les sols (évaporation + sublimation + vent). La neige artificielle modifie la structure des sols, aggrave leur sécheresse et perturbe fortement les zones humides.

La production de deux mètres cubes de neige nécessite un mètre cube d’eau et deux à trois kWh d’énergie. Pour couvrir un hectare, il faut environ 4 000 m3 d’eau. Le coût de ces deux composantes, indispensables à la production de neige est voué à augmenter à court et moyen terme (Cour des comptes 2024)

À long terme, cette opération comme toutes les autres en Cerdagne et Capcir du même acabit pour la culture de la neige artificielle risquent d’asphyxier les finances communales et de priver les écosystèmes et les usages locaux en aval d’une ressource déjà fragile

  • CLIMWOSS ET LES ÉLUS : UNE NEUTRALITE BIEN RELATIVE ?

La mairie des Angles s’appuie sur une étude de Climwoss pour affirmer la faisabilité du projet et garantir l’enneigement pour les 30 prochaines années. Les études Climwoss sont centrées uniquement sur la fiabilité de l’enneigement. Elles n’abordent pas la question des ressources en eau et en énergie nécessaires à la production de neige. Climwoss n’est qu’un outil consultatif : il émet des conseils, mais la décision revient aux élus — les mêmes qui ignorent très souvent les recommandations des Missions régionales d’autorité environnementale (MRAe).

  • UN PROJET DE PRODUCTION ET DE STOCKAGE AU SERVICE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE AVEC LE PROJET D’UNE STEP (Station de transfert d’énergie par pompage)

Comme le montre le croquis tiré de la brochure de la mairie des Angles, il faut au moins deux bassins pour l’opération. Quel bassin existant va être sollicité ? Existe-t-il déjà un système de turbinage ? des conduites forcées ? une autorisation de la CRE (commission de régulation de l’énergie) ?

Si ce n’est pas le cas, ce projet va rajouter encore des infrastructures supplémentaires à celles prévues pour le bassin.

@mairie des Angles – Brochure
  • LE LAC SERVIRA POUR LES INCENDIES

Il y a déjà le lac de Matemale et celui des Bouillouses.

Encore une fois, des questions sont soulevées sur la compatibilité de ces projets avec les objectifs de protection de la biodiversité et de gestion durable de l’eau. Ces pratiques des élus et de certaines administrations (la préfecture des Pyrénées Orientales et l’Office Français de la Biodiversité approuvent le projet de bassin des Angles), souvent guidées par une logique économique à court terme, révèlent non seulement un manque criant d’anticipation face aux enjeux climatiques mais hypothèque lourdement les ressources naturelles pour les générations futures.

Les associations et les collectifs pour la protection de l’environnement voient dans ces projets de culture artificielle de la neige un non sens et rejoignent le constat de la cour des comptes. Plusieurs raisons à cela :

  • Impact environnemental et climatique 
  • Consommation massive d’eau (pompage depuis des lacs ou rivières) et d’énergie
  • Perturbation des écosystèmes, des pâturages et des zones de protection (biotopes d’importance nationale)
  • Aberration écologique face à la fonte des glaciers et au réchauffement climatique.
  • Investissements lourds (millions de francs) financés en partie par des fonds publics.
  • Dépendance énergétique supplémentaire dans un contexte de pénurie.
  • Impact sur le territoire et les ressources
  • Plaidoirie pour un tourisme durable (quatre saisons) plutôt que le maintien d’un modèle hivernal dépassé.
  • Construction de réseaux de conduites sur de longues distances

Dans les Pyrénées Orientales, plusieurs associations et collectifs pour la protection de l’environnement dénoncent ce projet. La Fédération pour les Espaces Naturels et l’Environnement (Frene66) peut saisir la justice administrative (communiqué du 5/11/2025). Une pétition est en ligne :

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